PRÊTS IMMOBILIERS : TAUX FIXE OU VARIABLE ? |
Prêts immobiliers : opter pour une formule à taux fixe ou variable ?
Après la hausse du taux directeur de la BCE, le coût des prêts à taux variables risque de s'alourdir. Et ce n'est peut-être pas fini. Faut-il pour autant opter pour une formule, plus sécurisante, à taux fixe ? Explications et simulations.
Après deux ans de statu quo, la BCE vient de remonter son principal taux directeur de 0,25 point, le faisant ainsi passer de 1 % à 1,25 % (« Les Echos » du 7 avril). Une décision qui semble sonner le glas des taux bas. D'autant que l'institution monétaire n'exclut pas de nouvelles augmentations dans le courant de l'année pour pouvoir contrer l'inflation de la zone euro, aujourd'hui à 2,70 %. « Il faut relativiser la portée de cette hausse qui ne concerne que les taux courts sur lesquels les banques s'appuient pour fixer les conditions des prêts à taux révisables, indique Philippe Taboret, directeur général adjoint de Cafpi.Or, les taux révisables ne représentent tout au plus que de 12 à 14 % de notre production de crédit. »
Reste à savoir si la décision de la BCE disqualifie les taux révisables et si les taux fixes sont à privilégier. Quelques éléments de réponse...
Sécurité du taux fixe
« Avec un taux fixe, l'emprunteur joue la sécurité », affirme Maël Bernier, la porte-parole d'Empruntis. En optant pour ce type de formule, l'emprunteur connaît d'emblée le taux de son crédit et son coût. La mensualité sera identique pendant toute la durée du prêt, que celle-ci s'étale sur quinze, vingt ou vingt-cinq ans. Côté taux toutefois, les conditions de crédit sont moins attractives qu'il y a quelques mois. Il faut en effet savoir que les taux de ces formules suivent l'évolution des OAT (obligations assimilables du Trésor). Or, compte tenu des incertitudes qui pèsent sur la capacité de remboursement de certains Etats très endettés comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal, on assiste à des tensions sur ces OAT qui ont grimpé en flèche, faisant bondir, du même coup, les taux proposés par les banques pour leurs prêts à taux fixe. Selon Empruntis, la hausse atteint 0,70 point depuis six mois. Et ce n'est peut-être pas terminé. Malgré tout, le niveau des taux reste bas. Avec un dossier correct, on peut décrocher un taux de 3,95 % sur quinze ans, 4,20 % sur vingt ans ou 4,40 % sur vingt-cinq ans. Et avec un excellent profil, c'est mieux : 3,70 % sur quinze ans ou 3,85 % sur vingt ans. Seul inconvénient : leur rigidité. Le taux étant définitivement fixé, l'emprunteur se prive d'une baisse éventuelle. Mais il a peu de chance de le regretter, les marges de baisse étant tout au plus de 1 point. Avec un taux révisable, c'est l'inverse : l'emprunteur bénéficie des baisses qui peuvent se produire durant toute la durée de son prêt. En effet, le taux de départ n'est pas fixé définitivement. Il évolue en fonction d'un indice de référence, généralement l'Euribor 3 mois ou 1 an.
Part de risque du taux variable
Le taux révisable peut donc monter ou descendre au gré des à-coups du marché monétaire. La révision a pour conséquence de modifier le montant de la mensualité ou la durée du crédit (selon les formules). De fait, avec un taux révisable, impossible de connaître d'avance ce que coûtera le crédit.
Les différents types de formules « capées »En matière de taux révisable, le risque est plus ou moins élevé selon la formule choisie. En effet, si les prêts actuellement sur le marché offrent tous un cap, c'est à dire un verrou de sécurité en cas de forte hausse, ce cap peut, toutefois, varier, de 1 à 3 points (à la hausse comme à la baisse). Sur une formule capée +/-3 points, l'emprunteur prend un risque élevé en cas de remontée brutale des taux. S'il obtient, par exemple, un prêt à 3 %, cela signifie que son taux pourra grimper jusqu'à 6 %. Les formules capées +/-2 points sont plus sécurisantes puisqu'elles limitent davantage la hausse. Quant aux prêts capés +/-1 point, ce sont les formules les plus protectrices. Si l'emprunteur décroche son prêt à 3,50 %, il est assuré que son taux ne dépassera jamais 4,50 %. La sécurité a toutefois un prix : plus le cap est faible, plus le taux du crédit est élevé, se rapprochant des conditions des taux fixes. Un taux capé 1 point se négocie autour de 3,50 % sur 20 ans contre 4,20 % pour un taux fixe, et un taux capé 2 points autour de 3 %. « Le taux révisable capé 1 point est très intéressant car si le taux atteint son cap, la perte ne sera que de 0,30 point par rapport à un taux fixe et elle ne durera pas sur toute la durée du prêt », explique Ari Bitton. Attention : les formules capées 1 point ne permettent pas toujours la transformation en taux fixe, pas plus que le remboursement anticipé sans frais.
Cette option n'est donc pas sans risque, d'autant que la BCE ayant décidé de remonter son principal taux directeur et n'excluant pas d'autres hausses, l'Euribor en sera sans doute impacté. « Cette décision de la BCE n'aura pas beaucoup d'incidence, les banques ayant anticipé la hausse depuis quelques semaines », rétorque Alain Todini, le patron de Credixia. A l'heure actuelle, on peut décrocher un taux révisable capé moyen (lire encadré) de 3,35 % sur quinze ans ou 3,50 % sur vingt ans. L'écart entre taux fixe et taux révisable oscille donc autour de 0,70 point, ce qui représente une économie non négligeable. Prenons l'exemple d'un prêt d'un montant total de 200.000 euros consenti à taux révisable de 3,50 % sur vingt ans. La mensualité s'établira à 1.160 euros et le coût prévisionnel du crédit à 78.380 euros. A taux fixe, la mensualité s'inscrira à 1.233 euros et le coût du crédit à 95.954 euros. A priori, le gain, 17.574 euros, va en faveur du taux révisable. A condition que le taux ne bouge pas durant tout le crédit ou qu'il grimpe de façon modérée sans jamais dépasser le niveau du taux fixe que l'on aurait pu décrocher. Or, sur une longue durée, toutes sortes de scénarios peuvent se produire (voir tableau). « Le prêt révisable est valable pour ceux qui programment une revente dans les 5 à 10 ans, conseille Ari Bitton, le patron d'AB Courtage, l'économie réalisée avec un taux révisable se concentre sur les premières années du prêt, période pendant laquelle le capital à rembourser est très élevé. » S'agissant de formules assez risquées, surtout lorsque l'écart de taux est assez faible, comme c'est le cas en ce moment, les banques ont pris la précaution d'y adjoindre des verrous de sécurité pour éviter l'impact de fortes hausses. Comme évoqué plus haut, l'évolution du taux peut être répercutée, selon les formules, sur la mensualité ou sur la durée du prêt. Dans le premier cas, si une hausse survient, la mensualité augmente mais, généralement, dans certaines limites pour que son montant reste supportable, le surplus de hausse non répercutée sur la mensualité étant, le cas échéant, reporté sur la durée du prêt. Dans le second cas, c'est uniquement la durée du prêt qui évolue, celle-ci ne pouvant toutefois dépasser cinq ans. D'autres souplesses sont également prévues : la possibilité de rembourser le prêt par anticipation sans frais ou d'opter, en cours de prêt, pour un taux fixe. Attention toutefois aux conditions de cette transformation, pas toujours très favorables aux emprunteurs.
Source: Les Echos |